Mes lectures en 2016

Il y a un an, début 2016, je me suis lancée dans ce que j'ai appelé un challenge de lecture. J'avais envie de lire plus, et de le faire d'une manière motivante, à la fois pour découvrir de nouvelles choses et pour enfin lire ces livres que je garde dans un coin de ma tête/LLL (liste de livres à lire). J'étais tombée sur des challenges de lecture sur internet, mais comme aucun ne me convenait parfaitement j'ai décidé d'inventer le mien. J'ai fixé un certain nombre de catégories à remplir d'au moins un livre chacune, chaque livre ne pouvant servir qu'à une seule catégorie.
J'ai réussi à finir mon challenge le 29 décembre (grande fierté) et j'avais envie d'en faire un bilan.
Je précise que j'ai mis en général un seul livre par catégorie, mais que c'est parfois arbitraire parce que plusieurs livres entraient dans la catégorie et un même livre pouvait correspondre à plusieurs catégories.
J'ai mis les titres des livres dans la langue dans laquelle je les ai lus, mais j'ai toujours donné une traduction, celle de l'édition française quand c'était possible. Je précise aussi que je ne peux rien dire des traductions françaises des livres en question et suis désolée si vous les lisez sur mon conseil et qu'elles sont mauvaises :(

Alors, de manière synthétique, je développerai plus loin :

Mes coups de cœur :

  • Il mondo salvato dai ragazzini (Le monde sauvé par les gamins), Elsa Morante
  • Le città invisibili (Les Villes invisibles), Italo Calvino
  • Centuria (Centurie), Giorgio Manganelli
  • La Passe-Miroir, T1 : Les Fiancés de l'hiver, Christelle Dabos
  • Mytale, Yal Ayerdhal
  • Faites demi-tour dès que possible, La Volte
  • Spingendo la notte più in là (Sortir de la nuit), Mario Calabresi
  • L'accroissement mathématique du plaisir, Catherine Dufour

J'ai bien aimé aussi :

  • Les Stagiaires, Samantha Bailly
  • Au Japon, ceux qui s'aiment ne se disent pas je t'aime, Elena Janvier
  • L'enfant de sable, Tahar Ben Jelloun
  • Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable, Hervé Le-Tellier
  • Les éperons de la liberté, Pam Muñoz Ryan
  • Les Âmes Croisées, Pierre Bottero (relecture)
  • Les gens dans l'enveloppe, Isabelle Monnin
  • Se una notte d'inverno un viaggiatore (Si par une nuit d'hiver un voyageur), Italo Calvino
  • Le Cosmicomiche (Cosmicomics), Italo Calvino
  • La pelle (La Peau), Curzio Malaparte
  • Alice's Adventures in Wonderland (Les Aventures d'Alice au pays des merveilles), Lewis Caroll
  • Sexomorphoses, Yal Ayerdhal
  • Gog, Papini
  • I due gemelli veneziani (Les Deux Jumeaux vénitiens), Goldoni
  • Il servitore di due padroni (Arlequin serviteur de deux maîtres), Goldoni

Maintenant, mon avis sur les livres, et les catégories de mon challenge.

Un livre dont j'ai beaucoup entendu parler :

La Passe-Miroir, T1 : Les Fiancés de l'hiver, Christelle Dabos Cette catégorie était faite pour lire enfin ces livres dont j'entends parler par internet/des ami⋅e⋅s/les Joyeux Marchombres/les cours/d'autres gens et qui m'enthousiasment, mais que je me retrouve à n'avoir toujours pas lu, faute de prendre la décision de l'acheter/l'emprunter à la bibli ou à quelqu'un. Les Fiancés de l'hiver, j'en ai surtout entendu parler surtout sur internet je crois, Armalite avait écrit un avis très positif sur son blog et je crois que des gens du forum m'en avaient également parlé, enfin bref, ça m'avait donné envie de lire ce livre, et il se trouve que Cécile me l'a offert pour mon anniversaire donc je n'avais plus aucune excuse. Je l'ai lu cet été, ça a été un vrai coup de cœur et une très belle découverte. Premier tome d'une tétralogie encore en cours de publication, Les Fiancés de l'hiver raconte l'histoire d'Ophélie, une jeune fille d'un monde nommé Anima qui doit un jour quitter tout ce qu'elle connaît pour aller vivre au Pôle avec le mari que sa famille lui a trouvé. Elle va devoir se trouver une place dans un environnement pas vraiment amical qu'elle va peu à peu apprivoiser. On plonge dès le début dans un univers fantastique riche et inventif, que ce soit dans le monde d'Anima avec ses objets vivants dont certaines personnes, comme Ophélie, peuvent lire l'histoire, ou dans celui du Pôle, dominé par les illusions et les intrigues des clans rivaux. Ophélie est un personnage super attachant, avec sa maladresse et sa timidité, ses lunettes qui reflètent son humeur et son écharpe qui la suit partout. Je la trouve bien construite, équilibrée, avec ses qualités et ses défauts.
Bref, j'ai adoré et je compte bien lire la suite ! (deux tomes sont sortis pour le moment)

Un livre d'un⋅e auteur⋅trice que je pourrai rencontrer et dont je n'ai encore rien lu : Les Stagiaires, Samantha Bailly

La catégorie qui devrait me permettre de briller en société d'avoir l'air moins inculte aux salons du livre. Oui parce que les gens qui ne m'y accompagnent pas pensent que j'ai une vie culturelle super remplie, mais en vrai je ne connais souvent pas grand monde aux salons où je vais.
J'ai choisi un livre de Samantha Bailly, à qui j'ai fait il y a quelques années, lors d'un salon du livre, la promesse que je lirais un jour un de ses livres. Samantha Bailly écrit principalement de la littérature jeunesse/ado/jeunes adultes, dans pas mal de genres différents, ainsi que des scénarios de films et de manga. Elle a aussi une chaîne youtube sur laquelle elle poste des vidéos sur sa vie d'écrivaine et des conseils d'écriture, et elle est active sur internet et les réseaux sociaux, ce qui la rend assez accessible pour ses lecteurs⋅trices : c'est aussi le fait de connaître un peu plus sa personne qui m'a donné envie de lire ses livres.
Les Stagiaires est un roman qui parle des stagiaires (sans blague) d'une entreprise de mangas et jeux vidéo. On suit le petit groupe de jeunes adultes pendant les quelques mois de leur stage, à la fois sur le plan professionnel et personnel. J'ai bien aimé, même si le livre ne m'a pas du tout donné envie de faire un stage. Sans être mon roman préféré, j'ai trouvé qu'il se lisait bien et je suis contente d'avoir enfin découvert ce qu'écrit Samantha Bailly. Deux autres tomes sont en préparation.

Un livre que j'ai déjà lu et adoré : Les Âmes Croisées, Pierre Bottero

Une catégorie pour m'autoriser à prendre le temps de relire des livres. Surtout ceux que j'ai adorés, parce que ça fait du bien.
Les Âmes Croisées n'était pas mon Pierre Bottero préféré, je l'avais bien aimé (forcément, c'est Pierre Bottero hein), mais je ne l'aurais peut-être pas relu tout de suite si je n'avais pas commencé à le feuilleter pour chercher quelque chose dedans. Et puis finalement, je crois qu'à la relecture j'ai encore plus aimé que la première fois. Les Âmes Croisées, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un roman initiatique centré sur Nawel, jeune fille issue d'une des plus grandes familles de la noblesse de son pays. À l'approche de la cérémonie au cours de laquelle elle devra choisir sa caste, Nawel accepte de moins en moins les codes qui régissent la société dans laquelle elle vit, alors même qu'elle fait partie des plus privilégiés. Avec tout ce que cela comporte de difficultés, elle va apprendre à tracer sa propre voie. (Et je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler) Ce livre étant un one-shot, vous pouvez le lire sans avoir rien lu de Pierre Bottero.

Un livre qu'on m'a offert ou prêté : Au Japon, ceux qui s'aiment ne se disent pas je t'aime, Elena Janvier

Une catégorie pour ne plus traîner à lire les livres qu'on m'offre ou me prête.
Ce livre m'a été offert par mes parents à Noël 2015, alors que je venais de commencer le japonais. Il traite avec humour et légèreté des petites différences culturelles entre la France et le Japon, ce qui est bizarre dans un pays ou dans l'autre, ce qui est pareil dans les deux pays. Un petit livre sympathique et très intéressant, merci pour le cadeau !

Un livre que j'ai depuis longtemps : Quatre sœurs : Enid, Malika Ferdjoukh et Zénobie, Claude Ponti

Parce qu'il y a dans ma bibliothèque pas mal de livres qui y sont depuis longtemps et que je n'ai jamais ouverts.
Je ne sais plus comment ces deux livres se sont retrouvés dans ma bibliothèque, mais ça faisait longtemps que je voulais les découvrir, Quatre sœurs parce que j'ai adoré les extraits de l'adaptation BD qui paraissaient dans Je Bouquine à l'époque où je lisais ce magazine, et Zénobie parce qu'un roman de Claude Ponti, ça m'intriguait. En quête d'une lecture rapide et pas trop compliquée pour finir mon challenge pendant les vacances de Noël, je suis tombée sur ces deux livres que j'ai lus l'un après l'autre. Quatre sœurs raconte le quotidien des sœurs Verdelaine, seules dans une grande maison depuis que leurs parents sont morts, c'est mignon et drôle mais je crois que j'aurais dû le lire quand j'étais plus jeune pour vraiment apprécier. Zénobie, c'est une petite fille qui voyage dans des mondes inconnus et farfelus telle Alice au pays des Merveilles. Pareil que pour Quatre sœurs : c'est mignon et drôle mais je ne suis peut-être pas le public visé. Par ailleurs, j'ai trouvé dommage que le livre ne soit pas illustré : ce sont quand même les dessins qui font une grande partie de la magie des albums de Claude Ponti.
Conclusion : avis mitigé mais je suis contente d'avoir enfin lu ces deux livres.

Un livre d'une des trois premières pages de ma LLL : Nos amis les humains, Bernard Werber

J'ai un carnet dans lequel j'écris ma liste de livres à lire, et parfois je me rends compte que j'ai tendance à oublier les livres des premières pages. Cécile m'a prêté Nos amis les humains il y a des années et il était encore dans ma bibliothèque à attendre que je le lise.
Il s'agit d'un dialogue entre un homme et une femme capturés par des extra-terrestres qui veulent les étudier. J'ai bien aimé mais pas plus que ça, je pense que si vous voulez lire du Bernard Werber il a écrit assez de livres pour que vous trouviez quelque chose de vraiment bien.

Le premier tome d'une série : Nicolas Eymerich, inquisitore (Nicolas Eymerich, inquisiteur), Valerio Evangelisti

Une catégorie pour découvrir de nouvelles choses.
La série Nicolas Eymerich est très souvent montrée comme le grand chef-d’œuvre de SF italienne contemporaine, je l'ai donc commencée quand j'envisageais de centrer mes recherches sur ce genre. La série entremêle, assez habilement d'ailleurs, trois temporalités : l'époque de l'inquisiteur Nicolas Eymerich (14e siècle), le présent, centré sur un chercheur en physique et de ses découvertes, et un futur dans lequel prend place un voyage interplanétaire. Les mystères auxquels est confronté l'inquisiteur sont aussi ceux que rencontre le chercheur et qui mettent en péril l'expédition spatiale. Les trois trames se rencontrent à la fin de l'ouvrage, où tout s'éclaire. J'ai beaucoup aimé, l'histoire est prenante et bien écrite, pour autant je n'ai pas eu envie de travailler dessus et je ne suis pas spécialement pressée de lire la suite.
À noter qu'en France, la traduction est publiée par La Volte (éditeur d'Alain Damasio pour ceux qui ne suivent pas).

La suite d'une série déjà commencée : Sexomorphoses, Yal Ayerdhal

Catégorie inverse de la précédente, pour me forcer à continuer/terminer les séries que je commence et laisse parfois de côté sans forcément le vouloir.
Sexomorphoses, c'est la suite de L'Histrion, un space opera centré sur le personnage d'Aimlin(e) qui, étant sexomorphe, peut changer de sexe quand el le souhaite. Nommé(e) Histrion dans un monde complexe, son rôle d'empêcheur(euse) de tourner en rond le/la plonge au cœur des conflits et des passions. Dans Sexomorphoses, on retrouve les mêmes personnages et les mêmes intrigues : quête d'identité et de justice sociale d'Aimlin(e), quête de pouvoir de la princesse Ezaelle, écartée du trône par son frère, intrigues politiques sur les différentes planètes. J'ai beaucoup aimé la série, mais quand même, je l'ai trouvée très compliquée. Il y a beaucoup de planètes, avec chacune son peuple, son organisation, ses aspirations, ses particularités… On s'y perd un peu. À la fin de Sexomorphoses, j'avais l'impression qu'il manquait encore des réponses. Malgré cela j'ai bien aimé, on retrouve à travers le texte l'engagement d'Ayerdhal, sa capacité à inventer des mondes foisonnants, originaux et intéressants, et son style inimitable.

Un livre pour Lire sous la contrainte : Alice's Adventures in Wonderland (Les Aventures d'Alice au pays des merveilles), Lewis Caroll

« Lire sous la contrainte », c'est un blog qui propose un challenge de lecture à peu près tous les mois. À chaque fois, il faut lire un ou plusieurs livres répondant à un critère spécifique. En décembre, il fallait que le titre du livre lu commence par une voyelle. Je suppose que tout le monde connaît plus ou moins ce livre : en essayant de suivre un lapin blanc, Alice tombe dans un trou et arrive dans un monde fantastique. Elle y rencontre tout un tas d'animaux et de situations absurdes, du thé chez le chapelier fou à la partie de croquet chez la Reine de cœur.
Je voulais lire ce livre depuis que ma prof d'anglais d'hypokhâgne me l'avait conseillé, mais c'est la nouvelle de Catherine Dufour qui reprend le personnage d'Alice qui m'a vraiment donné envie de me plonger dedans. Ça m'a bien plu, j'ai en particulier beaucoup apprécié l'humour et les jeux de mots qui parsèment le texte (une des raisons pour lesquelles je l'ai lu en VO), même si je n'ai pas tout compris parce que bon, c'est parfois subtil.

Un livre lu un peu par hasard : Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable, Hervé Le-Tellier

Je me suis longtemps demandé comment j'allais faire pour lire un livre par hasard et pourquoi j'avais jugé bon d'inclure une telle catégorie. Et puis bon, ça a fini par arriver : je suis tombée sur des extraits des amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable dans un livre sur l'Oulipo, et comme j'ai vu qu'on avait le reste du livre à la maison, j'ai décidé de le lire. Il s'agit d'un recueil de pensées courtes écrites comme des mini-dialogues : « À quoi tu penses ? – Je pense que… ». C'est très varié, il y a des choses drôles, poétiques, des petites réflexions pratiques, bref, j'ai beaucoup aimé.

Un livre d'un⋅e auteur⋅trice que j'aime bien : Se una notte d'inverno un viaggiatore (Si par une nuit d'hiver un voyageur), Palomar, Le Cosmicomiche (Cosmicomics), Il castello dei destini incrociati (Le Château des destins croisés), Italo Calvino

J'ai vraiment découvert Calvino cette année avec Les Villes invisibles et le cours qu'on a eu dessus plus mon mémoire, et j'ai eu envie d'approfondir. Parmi les quatre que je cite ici, j'ai particulièrement aimé Si par une nuit d'hiver un voyageur (un roman atypique et méta-littéraire où deux lecteurs vont de lectures en lectures en essayant de trouver la suite du livre qu'ils ont commencé et de comprendre les mystères qui l'entourent. Le livre alterne extraits des livres lus par les lecteurs et aventures de ces lecteurs, mais tous les livres se rejoignent peu à peu…) et Cosmicomics (Diverses chroniques fantastiques de la vie avant le temps, avant la matière, de l'évolution, de l'espace, de la création de l'univers… À la fois absurde et drôle, et un brin SF.), et un peu moins aimé les deux autres.

Un livre pas de fiction : Spingendo la notte più in là (Sortir de la nuit), Mario Calabresi

Ce récit autobiographique donne la parole à une victime des années de plomb, Mario Calabresi, le fils de Luigi Calabresi, tué en 1972 par des terroristes. Sans rentrer dans les détails parce que j'ai pas tout retenu, Luigi Calabresi était commissaire et enquêtait sur l'attentat de Piazza Fontana à Milan ; pendant l'enquête, un des suspects, l'anarchiste Giuseppe Pinelli, meurt en tombant par la fenêtre du commissariat où il était interrogé. Si la police affirme alors qu'il s'agit d'un suicide, une partie de l'extrême gauche considère qu'il a été assassiné par Luigi Calabresi. Trois ans plus tard, Calabresi est tué par des membres de Lotta Continua (gauche communiste révolutionnaire d'après Wikipédia). Dans son livre, son fils raconte à la fois sa propre vie – comment on grandit quand on n'a pas connu son père mais que lui est connu par beaucoup comme un assassin –, ses recherches sur son père et cette époque, et ses tentatives de faire entendre la voix des victimes du terrorisme. Il en sort un récit très instructif d'un point de vue historique et politique, mais surtout sincère et touchant. Plus qu'un livre lu pour un partiel, c'est une vraie belle lecture.

Un livre de poésie ou très poétique : Il mondo salvato dai ragazzini (Le monde sauvé par les gamins), Elsa Morante

Alors, par où commencer ? Ce livre est absolument magnifique, lisez-le (en particulier si vous pouvez le lire en italien, je ne sais pas ce que vaut la traduction française). On trouve dans ce recueil à la fois des poèmes d'amour et de deuil, une réécriture du mythe d'Œdipe, des gamins libres qui refont le monde à leur façon, une grande chanson dystopique, des pages qui se lisent à l'horizontale, un bout de partition, des vers libres dans tous les sens, des enfants qui empêchent le nazisme, une explosion au milieu d'une page, c'est beau, c'est surréaliste, vivant, grandiose, brillant, c'est un véritable hymne à la liberté au travers de différents styles de poésie, de la réécriture de grands mythes et de la figure des gamins.
Je crois que je pourrais vous en parler encore longtemps mais je vais m'arrêter là pour simplement vous dire qu'il compte déjà parmi mes livres de poésie préférés.

Un livre paru en 2016 : Les enfants indociles, Marie Charrel

L'héroïne de ce livre est rédactrice d'horoscopes et mène une vie tranquille mais un peu ennuyeuse lorsque sa grand-mère disparaît. Celle-ci lui a laissé des indices et des défis, grâce auxquels elle tentera de la retrouver, d'élucider enfin le mystère qui entoure la disparition de son père, et plus simplement d'être réellement heureuse.
Le résumé me donnait vraiment envie de lire ce livre, mais je n'ai pas totalement accroché. J'ai bien aimé l'histoire mais j'ai trouvé le style un peu plat, bref, je suis un peu déçue même si le livre délivre un joli message.

Un livre déjà commencé il y a longtemps : Mytale, Yal Ayerdhal

Vous aussi, il vous arrive de commencer des livres, de vous arrêter au milieu pour une quelconque raison, et de ne jamais les finir ? Moi oui. Je n'ai pas eu le temps de finir Mytale avant la fin des vacances d'été 2015, et j'ai eu tellement de choses à lire toute l'année que je n'ai pas repris ma lecture avant mai 2016. En rouvrant le livre, j'ai été tellement perdue que je l'ai recommencé du début, mais j'ai finalement adoré. L'histoire : Audham est la seule rescapée de l'expédition qui a pour but de reprendre contact avec la planète Mytale, que la Fédération Homéocratique a renoncé à coloniser. Le vaisseau s'écrase et Audham va devoir survivre dans ce monde étrange et archaïque. Tout en essayant de retourner chez elle, elle va se retrouver mêlée aux luttes sociales qui agitent la planète. C'est encore un bouquin compliqué (sérieusement, il y a trop de castes différentes), mais ça vaut le coup de s'accrocher un peu car ce livre est vraiment superbe ; Audham est un personnage féminin bien construit, l'intrigue est très prenante et Ayerdhal écrit très très bien.
(À noter dans ce livre la présence des gros chats télépathes super stylés, ce qui selon moi représente un argument de vente très sérieux)

Un classique : La Calandria, Bibbiena ; I due gemelli veneziani (Les Deux Jumeaux vénitiens) et Il servitore di due padroni (Arlequin serviteur de deux maîtres), Goldoni ; O di uno o di nessuno (« Soit [celui] d'un seul, soit de personne ») et La Signora Morli una e due (« Madame Morli, une et deux »), Pirandello

Je n'avais pas trop défini ce que j'entendais par « classique », mais je pense que ces livres, lus pour le cours de littérature théâtrale italienne, feront l'affaire. Dans La Calandria et Les Deux Jumeaux vénitiens, on trouve des histoires de jumeaux qui se font passer l'un pour l'autre et des intrigues amoureuses émaillées de quiproquos et de jeux d'échanges plus ou moins drôles. Dans Arlequin serviteur de deux maîtres, c'est Arlequin qui, pour manger plus (coucou Pamplemousse), se met à servir deux maîtres, sans le dire ni à l'un ni à l'autre, ce qui entraîne là encore son lot de situations délicates. Les deux pièces de Pirandello exploitent elles aussi le thème du double (c'était l'axe du cours), mais de manière plus « existentielle » : les deux personnages de O di uno o di nessuno, qui vivent ensemble, ne parviennent plus à s'entendre depuis que la jeune fille qu'ils entretiennent est enceinte de l'un des deux, mais sans savoir lequel ; dans La Signora Morli una e due, Evelina ne parvient plus à concilier ses deux vies, celle avec son mari et celle avec son amant, deux vies dans lesquelles elle semble ne pas être la même personne.
Parmi cette sélection, j'ai globalement préféré les deux pièces de Goldoni.

Un livre féministe ou inclusif : Les éperons de la liberté, Pam Muñoz Ryan

Inspiré d'une histoire vraie, ce livre raconte comment Charlotte, jeune orpheline américaine du 19e siècle (je crois), passionnée par les chevaux, parvient à mener sa vie où elle le voulait en se faisant passer pour un garçon. Par ce moyen, elle réussit à s'enfuir de l'orphelinat où elle a grandi et à traverser les États-Unis. Même si le livre est assez court et plutôt destiné aux enfants, il propose une héroïne forte et une vraie réflexion sur la place des femmes dans la société, grâce à ce personnage qui sort du rôle qu'on attend d'elle. Bref, j'ai bien aimé.

Un livre que je voulais lire depuis un certain temps : Le città invisibili (Les Villes invisibles), Italo Calvino

J'avais envie de lire ce livre depuis que j'en avais entendu parler en prépa alors je suis vraiment contente d'avoir enfin eu l'occasion de le lire. C'est un livre assez atypique, quelque part entre le roman, le conte et le récit de voyage, avec plusieurs niveaux de lecture qui lui donnent une grande richesse. Alors, de quoi ça parle ? De villes, principalement, des villes de l'empire du grand Khan que Marco Polo a visité pour lui et lui raconte. Il y a des villes modernes, des villes qui paraissent sorties de contes, des villes qui réveillent nos souvenirs, d'autres nos désirs, des villes peuplées par les morts, des villes suspendues et fines comme des toiles d'araignées… Les textes sont courts (une page ou deux), mais proposent des descriptions originales, poétiques, philosophiques, c'est à la fois très léger et très profond : derrière ces descriptions un peu farfelues se trouve un vrai travail de réflexion. Ce livre est clairement un de mes préférés de l'année, lisez-le.

Un livre intrigant, original ou conceptuel : Les gens dans l'enveloppe, Isabelle Monnin

Encore un livre assez atypique (bon, pour le coup c'était le but de la catégorie. Que j'ai plus ou moins créée dans le but d'avoir l'occasion de lire précisément ce livre) : Les gens dans l'enveloppe est constitué d'un roman, d'un journal-enquête, de photos et d'un CD de chansons. Au départ, il y a des photos de famille que l'autrice achète sur internet, des scènes quotidiennes des années 70-80 qui vont faire germer une idée dans sa tête : en faire un roman. Elle entreprend de retrouver le fil qui relie les photos, invente des personnages à partir des personnes récurrentes, construit une histoire. Une fois le roman fini, elle se met à chercher les vraies personnes qui figurent sur les photos, et nous livre en deuxième partie de l'ouvrage le journal qu'elle a tenu pendant l'écriture du roman puis l'enquête. C'est assez intéressant de voir comment elle a procédé, comment certaines de ces intuitions ont pu se révéler vraies ou fausses, et surtout ce dialogue incessant entre réalité et fiction qui soutient tout le livre. À la fin du « livre », il y a les chansons : une partie qui reflète la fiction du roman, puisque ces chansons ont été écrites pour les personnages, à partir de l'histoire qui y est racontée ; une partie qui reflète la réalité : les « vrais gens » ont choisi des chansons qui comptent pour eux et les ont chantées. L'ensemble donne quelque chose d'assez original par sa forme, peut-être moins par les thèmes abordés dans le roman (liens familiaux, vie quotidienne, identité…), mais très agréable à lire.

Un livre dont l'auteur⋅trice vient d'un pays que je connais peu : L'enfant de sable, Tahar Ben Jelloun

L'idée de cette catégorie était de changer un peu et de ne pas lire uniquement des auteurs français, italiens ou anglo-américains. Bon alors certes, je ne suis pas allée chercher mon livre à l'autre bout du monde puisque Tahar Ben Jelloun est marocain et qu'il écrit en français, mais je pense que ça compte quand même parce que le livre parle beaucoup du Maroc et de sa culture et en est vraiment imprégné. Le livre raconte l'histoire d'un enfant né dans une famille qui désire depuis longtemps un garçon mais n'a eu que des filles : même si c'est encore une fille qui naît, les parents décident que ce sera malgré tout un garçon et font tout pour cacher son sexe. Le garçon grandit, mais vient un moment où il se rend compte de cette double identité. Le narrateur nous raconte comme une légende et avec beaucoup de mise en scène la vie de ce personnage, depuis sa naissance jusqu'à sa mort en passant par la crise qui accompagne la découverte du mensonge de ses parents.
J'ai bien aimé le style poétique du livre et le fait que la différence de traitement entre hommes et femmes soit bien montrée, mais je m'attendais à ce que le personnage principal dénonce la condition des femmes puisque lui-même avait eu la chance d'être élevé comme un homme et d'y échapper. Après je ne saurais pas trop dire si la question de l'identité de genre est bien traitée, j'ai l'impression qu'on ne parle pas de "vraie" transidentité mais plus d'une femme élevée comme un homme, enfin je sais pas trop quoi en penser mais en fin de compte j'ai bien aimé.

Un livre conseillé par un prof/spécialiste : Centuria (Centurie), Giorgio Manganelli

Vous voyez ces moments où vous assistez à une conférence ou un cours, ou que vous lisez un livre, et que la personne cite un livre qu'elle vous conseille pour approfondir ? Je note toujours scrupuleusement le titre et l'auteur, en me disant que ça a vraiment l'air trop intéressant, et qu'à l'occasion j'irai lire le livre en question. Sauf qu'en réalité il est vraiment très rare que je finisse par le lire, d'où cette catégorie. Centuria, je suis tombée dessus dans un livre qui parlait de littérature fantastique italienne, et comme il avait l'air vraiment bien (et que je cherchais désespérément un sujet de mémoire), je l'ai lu. Avec grand profit puisque, d'une part, j'ai adoré, et d'autre part j'avais enfin mon sujet (ça plus Les Villes invisibles). Il s'agit encore une fois d'un livre un peu particulier puisqu'il réunit cent récits très courts, certains fantastiques, d'autres non, très souvent absurdes, toujours décalés, souvent centrés sur un personnage, un lieu où un concept un peu étrange. Des concentrés de romans, nous dit l'auteur. Mention spéciale à l'homme qui croise une licorne à l'arrêt de bus (95), à l'Empereur qui finit pilier de bar (28), au fantôme qui s'ennuie (41), à l'homme qui se croise lui-même dans la rue (59), à celui dont l'existence dépend du bon vouloir d'une administration (60), et à l'homme qui écrit des livres sur des écrivains qui écrivent des livres sur des écrivains qui écrivent des livres (100). Je vous ai mis les numéros comme ça si jamais vous avez pas envie de lire le livre en entier vous pourrez lire cette petite sélection.

Un livre d'un⋅e auteur⋅trice très connu⋅e dont je n'ai rien lu : La pelle (La Peau), Curzio Malaparte

Ou la catégorie « brillons en société ». En vrai la difficulté avec cette catégorie, ça a été de trouver des auteurs dont je n'avais vraiment rien lu avant cette année. Heureusement qu'il y avait Malaparte, dont la lecture m'a été suggérée par ma directrice de mémoire de M2 (oui encore un mémoire ça ne s'arrête donc JAMAIS). Malaparte est un auteur italien très connu dont j'avais évidemment déjà entendu parler mais que je n'avais jamais lu, donc ça rentrait parfaitement dans la catégorie (confession : cette catégorie était censé me permettre de me rattraper en ce qui concerne un certain prix Nobel dont je n'ai pas lu les principaux romans, mais en réalité j'ai déjà lu un livre de lui donc de toutes façons ça n'aurait pas marché, désolée Papa). Alors La Peau, c'est un roman autobiographique mais romancé (un roman quoi) qui raconte un bout de la libération/occupation de l'Italie par l'armée américaine entre 1943 et 1945. Le livre est un peu long mais j'ai beaucoup aimé, en particulier parce qu'il est écrit avec un très beau style.

Un livre d'un⋅e auteur⋅trice dont je voulais lire des livres : L'accroissement mathématique du plaisir, Catherine Dufour

Catherine Dufour est une des autrices que j'aime le plus écouter en conférences. Elle raconte toujours des trucs super et avec beaucoup d'humour, une des raisons pour lesquelles je prends toujours un petit carnet de notes quand je vais l'écouter. Après l'avoir découverte aux Utopiales, j'ai profité de son passage aux Intergalactiques (chez moi) pour acheter un de ses livres. Suivant son conseil (je demande souvent aux auteurs de me conseiller leurs propres livres, c'est plus drôle), j'ai pris son recueil de nouvelles, L'accroissement mathématique du plaisir, qui ne m'a pas déçue. Dans ce livre, on trouve 21 nouvelles indépendantes les unes des autres et appartenant à des genres et des registres variés mais toujours dans l'imaginaire. Il y a des vampires, des futurs dystopiques, de l'étrange, une rencontre entre Alice au pays des merveilles et les Beatles, des trolls, des contes et des légendes, des réalités virtuelles et des aliments virtuels, et de l'art, beaucoup, dans les mots eux-mêmes et dans les nombreuses références à la littérature, la peinture, la musique. Bref, c'est très riche et bien écrit : si vous aimez le fantastique et la S-F, lisez-le !

Et aussi…

En dehors des livres mentionnés dans mon challenge, j'ai lu d'autres choses. Un livre en particulier mérite d'être retenu : Faites demi-tour dès que possible, recueil de nouvelles publié par La Volte, qui réunit des nouvelles d'auteurs bien connus des lecteurs de La Volte comme Alain Damasio, Stéphane Beauverger, Jacques Barberi, David Calvo, Léo Henry, Norbert Merjagnan (je cite ceux que je connaissais déjà de nom, mais je les lisais pour la première fois – sauf Damasio, évidemment), et d'autres auteurs et autrices. Le principe de cet ouvrage, c'est d'écrire de la littérature de l'imaginaire ancrée dans un territoire français, comme nous le dit la quatrième de couverture :

Quatorze territoires français saisis par l’imaginaire. Énigmes de la mémoire, mythes fondateurs, retour vers l’enfance ou basculement vers l’abîme, le terroir devient le berceau de toutes les histoires.

Il y a beaucoup de diversité parmi ces nouvelles, certaines revisitent les vieilles légendes locales ou l'histoire de la ville, d'autres s'en servent seulement comme décor. Sans surprise, j'ai beaucoup aimé la nouvelle de Damasio, une enquête sur fond d'alpinisme et de technologie des souvenirs ; mais celle qui m'a le plus marquée, c'est celle de Jean-Philippe Ourry, Le Signal : une nouvelle extrêmement touchante, pleine de sensibilité et de nostalgie. Je ne sais pas exactement ce que je peux vous dire sans vous spoiler, mais il s'agit ici aussi de l'articulation entre souvenirs et technologie, et d'un étrange lien entre passé et présent. Cette nouvelle est magnifique, LISEZ-LA. Je suis très triste parce qu'il semblerait que Jean-Philippe Ourry n'ait rien écrit d'autre et ne soit jamais invité aux salons du livre, mais je ne désespère pas de le rencontrer un jour. Les autres nouvelles sont également de qualité, même s'il y en a quelques-unes que j'ai moins aimées. Bref, merci à Matthias – l'éditeur – qui me l'a conseillé. Aux prochains salons, je vais avoir du monde à rencontrer…

Merci à vous si vous avez tout lu jusqu'ici ! J'espère que ce gros bilan vous aura donné envie de lire certains des livres dont je parle. N'hésitez pas à me donner votre avis en commentaire. :)