Maestro

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Les violons pleurent.

Les trompettes retentissent.

Puis les cymbales crachent.

Accord parfait.

Et roulements de timballes.

Le chef d’orchestre baisse les bras.

Il pose sa plume.

La symphonie s’achève à l’instant même où il finit de tracer à l’encre noire la dernière note sur la portée. Une toute petite note, une ronde blanche, pleine de toute la chaleur étouffante et grave de la fin. La note qui clôt en point d’orgue magistral cette musique qui ne cessera jamais de vibrer.

En lui.

Pour lui.

Par lui.

La symphonie s’achève mais déjà une autre mélodie renaît., de nouveaux accords et trémolos s’immiscent au fond de lui.

Il pense les arpèges et les triolets, il rêve les accords et les rythmes, il voit les archets effleurer les cordes et les baguettes fracasser les tambours. Il imagine l’histoire de sa mélodie. Il fait naître de son âme enfantine des chevauchées fantastiques dans des voix majestueuses de cors vents debout.

Il pleure, parfois.

Il rit, souvent.

Parce qu’il voit les notes danser sur la portée.

Penché sur sa table, les mains noircies d’encre, il écrit de la magie…

Il compose.

[Photo]