La prochaine crise sera-t-elle une crise étudiante ?

Le quotidien suisse Le Nouvelliste notait il y a quelques mois dans un article que la dette étudiante américaine s’élève à mille milliards de dollars. Le National Association of Consumer Bankruptcy Attorneys (NACBA), un think tank dans le domaine de la faillite, explique dans un rapport de février dernier que les États-Unis s’exposent à une nouvelle menace. Aujourd’hui, la dette étudiante américaine est équivalente à la dette souveraine française des années 2000. Certes, financièrement et économiquement, les États-Unis sont bien plus gros que la France, mais n’oublions pas que nous sommes la cinquième puissance mondiale d’après un classement de 2011 du FMI.

Le rapport commence par expliquer que ce ne sont pas uniquement les étudiants qui s’endettent, mais aussi leurs parents. Soutiens évidents, 75% des parents américains s’endettent pour leurs enfants. Ce n’est pas sans risques. Le problème de l’endettement précoce chez les étudiants est montré du doigt : risque de précarité, de délinquance voire d’entrée dans la criminalité. C’est également un risque de passer toute sa vie endetté et cela de façon chronique, de l’âge des études à l’âge de la retraite. Pour les parents, le problème est aussi réel : la tendance étant de faire des enfants plus tard qu’avant, les emprunts pour les études seront eux aussi plus tardifs et les parents entreront dans une période de la vie où s’endetter n’est plus recommandé, avec des risques plus importants de faillite.

Réussite du modèle américain ?

Aux États-Unis, bien souvent l’école privée reste le seul moyen d’avoir un futur débouché. Dans cette optique de libéralisme poussé à l’extrême, ils nous prouvent que leur système est le meilleur : le rapport PISA de 2009, rapport qui détaille les performances des systèmes d’éducations de différents, ne place les États-Unis que juste au dessus de la moyenne…

L’export américain en France

Cependant, le modèle américain en matière d’éducation est plébiscité partout en France. On nous répète presque tous les jours que l’université française va mal, qu’il faut la réformer. C’est dans cette optique de réforme qu’est née la Loi Pécresse de 2007. Plus d’autonomie pour les universités, choix des professeurs directement par le chef d’établissement, etc. L’université française se rapproche de plus en plus du mode de fonctionnement d’une entreprise.

Sauf que l’erreur est de penser qu’une université est une entreprise. Certes, la mode en ce moment est la réduction des dépenses de l’État, de partir à la chasse du moindre gaspillage. Pourtant, l’éducation est un pan majeur des sociétés développées. À vouloir absolument entrer dans une logique de réduction des dépenses dans l’éducation, on prive les élèves qui nécessitent plus d’attention de réussir.

Alors ne laissons pas notre éducation être anéantie. Chacun à le droit à une vie sereine, chacun doit pouvoir étudier correctement. Nous ne devrions pas avoir ceci.

« Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison » — Victor Hugo

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