Insomnie

4h04. Un néon fatigué s’allume dans le couloir mal entretenu de ma conscience. Sommeil non trouvé, définitivement. Plutôt que de continuer à me retourner sans fin dans mon lit, je décide de me lever et marche jusqu’à ma fenêtre. À mes pieds, la ville dort, elle. À perte de vue, des habitations obscures glissées entre des paillettes de lumière. Je vis dans une des villes les plus peuplées au monde, et pourtant je me sens seul. Enfant, j’ai rêvé de partir loin, de naviguer sur cet océan de nuit qu’est l’espace : quitte à être seul, autant en profiter. Mais je n’ai pas trouvé le courage de réaliser mes rêves, et c’est sur le sol que j’ai continué mon chemin. J’ai retrouvé des étoiles, parfois, des étoiles filantes qui m’ont, pour un temps trop bref, sorti de ma solitude et fait goûter au bonheur. Mais elles m’ont mené trop près du soleil et, lorsqu’elles m’ont quitté pour d’autres galaxies, je n’ai pas su trouver les mots pour les retenir.

Depuis lors, je vis en solitaire au milieu de la foule, en insomniaque au milieu d’yeux clos.
Malgré tout, mes jours ne sont pas désagréables. J’ai fini par trouver un emploi qui me fait voler entre les planètes, qui me demande de marier les comètes et caresser les lunes de l’univers entier.

Et même si je n’aurais pas imaginé être parfois éveillé, seul chez moi, à 4h04 du matin, j’aime ce que je fais. Je n’ai pas trouvé à me plaindre d’être devenu chercheur.

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